La guerre de l'Amérique
« Jésus, le Roi de la Paix, qui rejette la guerre et que personne ne peut utiliser pour justifier la guerre. Il n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre, mais les rejette, disant : même si vous multipliez vos prières, je ne vous entendrai pas, car vos mains sont pleines de sang. »
Ce sont les paroles du Pape lors du Dimanche des Rameaux, non pas comme un sermon de passage, mais comme un avertissement moral tardif à un monde au bord de perdre ce qui lui reste de raison. Ses mots n'étaient pas simplement un appel à la paix, mais une objection à la dangereuse alliance entre Dieu et le feu, entre la prière et le bombardement, entre l'autel et la salle d'opération.
Ce qui donnait à ce message son poids exceptionnel, c'est qu'il provenait du premier pape américain. Il ne s'agit pas ici d'une biographie personnelle ou d'un premier historique, mais d'un symbolisme profondément sensible : qu'un rappel sur l'éthique du pouvoir vienne d'un homme qui appartient, géographiquement et culturellement, à un pays qui se voit encore comme le centre de la prise de décision mondiale. C'est comme si l'Amérique, même en parlant au monde dans un langage dur, avait enfin trouvé en elle-même une voix poussant doucement contre elle. Le point est qu'il n'était pas le seul.
Alors que le Pape dépouillait la guerre de sa couverture morale, la rue américaine exprimait à sa façon plus forte et plus claire que quelque chose de profond n'est plus acceptable à ce moment précis. C'est pourquoi les récentes manifestations « No Kings » n'étaient pas qu'une autre démonstration passagère, ni la première vague d'opposition au climat de pouvoir centralisé sous la présidence de Donald Trump. Cette fois, elles apparaissaient plus intenses, plus répandues et plus étroitement liées à la question même de la guerre. Le plus frappant est qu'elles provenaient d'états ayant soutenu le président.
La scène ne se limitait pas aux chants ni au nombre de manifestants, qui dépassait les huit millions de personnes. Ce qui donnait à cette vague sa symbolique, c'était qu'elle débutait au Minnesota comme principal centre, plutôt qu'à Washington ou New York. Ce n'est pas un détail organisationnel, mais un signal politique chargé. Ces dernières semaines, le Minnesota est devenu plus qu'un simple état en colère ; il s'est transformé en un miroir précoce de la tension américaine plus large : entre l'état fédéral et la rue, entre le pouvoir exécutif et la société, entre le langage de la sécurité et la logique de l'excès qui l'accompagne souvent.
Plus important encore, ces protestations n'étaient pas seulement contre le président, mais contre l'absurdité de la stratégie de guerre dans laquelle le pays a été entraîné. Ici, le paradoxe américain devient cruellement clair : les analystes aux États-Unis ne voient pas l'absurdité de la guerre seulement dans son coût ou ses risques, mais dans le fait qu'elle a commencé avant même d'être définie. Dès le départ, il n'y avait pas de vraie clarté sur ce que Washington voulait de cette confrontation.
L'objectif est-il de mettre fin au programme nucléaire ? De dissuader l'Iran ? D'affaiblir le régime ? Ou de se diriger vers son renversement ? Les déclarations du président ont affirmé et nié tout cela à différents moments, révélant une faille dans la définition même de la guerre. Les États peuvent engager des batailles sous la pression du moment, mais ils ne peuvent pas les soutenir longtemps s'ils ne savent pas, avec précision, ce qu'ils veulent laisser après le coup.
L'aspect le plus dangereux de l'absence de stratégie est qu'il crée un écart terrifiant entre le coup et le résultat, entre ce que la force peut détruire et ce que la politique échoue à reconstruire ensuite.
De plus, une guerre avec l'Iran n'est pas un dossier qui peut être traité avec l'esprit de frapper d'abord et décider ensuite. L'Iran n'est pas une île isolée dans le vide, mais un nœud étroitement lié au sein d'un réseau très sensible.
Le Golfe est affecté en termes de sécurité et d'économie, Israël est affecté militairement et stratégiquement, l'Irak, la Syrie et le Liban sont affectés sur le terrain, les marchés mondiaux de l'énergie tremblent, la Russie et la Chine observent la manière dont la puissance américaine est gérée, et l'Europe craint une nouvelle explosion sécuritaire et économique à la lisière de son monde fragile.
C'est pourquoi les paroles du Pape ne sont peut-être pas aussi éloignées de la rue qu'elles le paraissent. Entre la chaire de l'église et les chants des manifestants, il y a un fil clairement par : le monde ne peut plus endurer une guerre sans boussole morale, et l'Amérique ne peut plus soutenir une guerre sans raison.
Si la présidence à Washington insiste encore à s'adresser au feu dans le même language avec lequel elle l'a allumé, alors peut-être que le moment est venu de dire, avec un calme à la hauteur de la gravité du moment :
Monsieur le Président, savoir comment démarrer une guerre ne suffit pas. Ce qui compte davantage, c'est de savoir pourquoi elle a été commencée, et où vous avez l'intention de mener le monde ensuite. La stratégie n'est pas un luxe en guerre ; c'est la condition minimale d'un jugement sain avant de les déclencher.
Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar