Points de passage stratégiques : Comment Bab el-Mandeb et Hormuz pourraient remodeler l'économie mondiale
Au milieu d'une escalade régionale, l'entrée du Yémen dans la confrontation apparaît comme un facteur stratégique hautement impactant, influençant non seulement les dynamiques militaires mais aussi l'économie mondiale. Le détroit de Bab el-Mandeb est considéré comme l'une des plus importantes artères maritimes mondiales, reliant la mer Rouge à l'océan Indien. Environ 10 à 12 % du commerce mondial du pétrole et environ 12 % du commerce maritime international y transitent. Il sert également de passerelle clé vers le canal de Suez, ce qui en fait un point de contrôle direct pour les mouvements commerciaux entre l'Asie et l'Europe.
En revanche, le détroit d'Hormuz représente le plus grand pilier de la sécurité énergétique mondiale, avec environ 20 à 25 % du pétrole transporté par voie maritime—soit environ 20 millions de barils quotidiens—qui y transitent. Par conséquent, le contrôle par une seule puissance des deux détroits signifierait, en effet, contrôler environ un tiers du commerce mondial du pétrole, représentant un changement radical dans les équilibres de pouvoir économique et servant d'instrument bien plus puissant que les armes nucléaires dont l'Iran est accusé de posséder.
Stratégiquement, l'entrée du Yémen par le Bab al-Mandeb crée une « pince maritime » aux côtés du détroit d'Hormuz, accordant à l'Iran et à ses alliés une capacité sans précédent à exercer une pression sur l'économie mondiale. L'expérience récente a montré que même la menace de fermer ces passages déclenche des perturbations immédiates du marché, les prix du pétrole grimpant au-dessus de $118 par baril lors de perturbations partielles du passage par le détroit d'Hormuz.
Si le détroit de Bab al-Mandeb était effectivement fermé, l'impact s'étendrait au-delà du pétrole. Cela perturberait les chaînes d'approvisionnement mondiales, des études indiquant qu'environ 20 % du commerce des denrées alimentaires de base, comme le blé, et environ 15 % du riz passent par ce canal. Toute perturbation pourrait donc déclencher une crise mondiale de sécurité alimentaire, affectant particulièrement les pays importateurs en Afrique et en Asie.
Économiquement, le scénario probable en cas de fermeture complète des deux détroits est :
Une augmentation progressive des prix du pétrole commencerait probablement par des sauts rapides de 10 à 20 % en raison de la panique sur le marché, déclenchant finalement une vague inflationniste mondiale alors que les coûts de transport maritime et d'assurance augmentent. Les prix pourraient potentiellement dépasser $120 à $150 par baril si la perturbation persiste. Les navires seraient obligés de contourner le cap de Bonne-Espérance, ajoutant environ 25 à 30 jours aux temps de transit et augmentant considérablement les coûts opérationnels.
En termes de navigation, le détroit d'Hormuz gère historiquement le passage d'environ 138 navires par jour avant la montée des tensions, le nombre diminuant fortement pendant les périodes de crise—soulignant la fragilité de cette artère vitale. Pendant ce temps, le Bab al-Mandeb reste une route de transit clé pour des millions de barils de pétrole chaque jour, soit environ 4,2 millions de barils.
Dans ce contexte, le geste de la Russie de suspendre les exportations de pétrole, basé sur la décision du Kremlin, ajoute une couche supplémentaire de pression, réduisant l'offre mondiale, accordant à l'Iran une plus grande marge de manœuvre et une capacité de hausse des prix, amplifiant l'impact de toute fermeture potentielle des détroits.
Cela confirme que l'entrée du Yémen dans la guerre, avec la potentielle fermeture du Bab al-Mandeb et la perturbation du détroit d'Hormuz, n'est pas simplement un développement militaire mais un changement stratégique qui pourrait redessiner la carte économique mondiale—des prix de l'énergie à la sécurité alimentaire—plaçant le monde au bord de l'une des crises les plus dangereuses du siècle.