La semaine libanaise à Washington : négocier l’avenir, pas les chiffres

Liban 13-04-2026 | 14:56

La semaine libanaise à Washington : négocier l’avenir, pas les chiffres

L’écart entre les deux parties est important : Israël pousse à des négociations sous le feu, tandis que le Liban respecte le cessez-le-feu, un point d’entrée obligatoire pour toute discussion politique
La semaine libanaise à Washington : négocier l’avenir, pas les chiffres
Depuis le site des frappes aériennes israéliennes dans la banlieue sud de Beyrouth (Nabil Ismail)
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Par  Iskandar Khashasho

 

Ce n’est pas une semaine ordinaire que le Liban vit à Washington. En surface, il y a deux voies distinctes : une réunion politique et sécuritaire sans précédent entre l’ambassadrice libanaise, Nada Hamada Moawad, et l’ambassadeur d’Israël en Israël, Yahyel Leiter, sous l’égide du département d’État américain, la présence de l’ambassadeur américain à Beyrouth Michel Issa, et une manœuvre financière menée par le ministre des Finances Yassine Jaber lors des réunions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Mais au fond, une trajectoire se croise sur une question plus large : que reste-t-il du Liban après la guerre ? Et comment est-il reconstruit ? Et dans quelles conditions ? 

La rencontre entre les deux ambassadeurs, la première du genre depuis des décennies, ne peut être amplifiée au niveau de négociations directes, mais en même temps, ce n’est pas un détail technique éphémère. Selon des sources ministérielles, la réunion de mardi est exclusivement consacrée à discuter des mécanismes de cessez-le-feu, et non à engager des négociations directes entre le Liban etIsraël, qui nécessitent toujours des arrangements politiques et constitutionnels spécifiques, ainsi qu’une délégation officielle de négociation formée par une décision de la présidence libanaise, qui ne doit pas être prise en compte par l’ambassadeur à Washington.

 

 

 

 Ce point est fondamental, car il part du fait que ce qui se passe n’est rien d’autre qu’une étape préliminaire : ressentir le pouls, tester les conditions, et essayer de réduire l’écart entre les positions sur la priorité du cessez-le-feu ou négocier en son droit. Cependant, la réunion est doublement importante car elle se tient sous l’égide directe du département d’État américain, spécifiquement sous la supervision du bureau du secrétaire Marco Rubio, ce qui indique que le dossier libanais est revenu à un niveau d’intérêt avancé au sein de l’administration américaine, et non seulement à un mandat technique géré en coulisses.

Cet intérêt ne signifie pas nécessairement qu’une percée est imminente, mais reflète plutôt la prise de conscience par Washington que toute voie ultérieure, qu’il s’agisse d’un cessez-le-feu ou d’arrangements plus larges, nécessite un intermédiaire, même limité. D’un autre côté, l’écart entre les deux parties reste important : Israël pousse à des négociations sous le feu, tandis que le Liban respecte le cessez-le-feu, qui est un point d’entrée obligatoire pour toute discussion politique, ce qui rend cette rencontre plus proche de la gestion d’un différend que de sa résolution.

 

En revanche, la délégation libanaise avance financièrement dans une direction apparemment différente. Il présente l’ampleur des pertes, demande un soutien humanitaire et à la reconstruction, et réinitialise la voie des réformes. Mais cette trajectoire entre en conflit avec une vérité fondamentale : il n’y a pas de chiffres fixes en temps de guerre. Chaque estimation des pertes est ouverte à la hausse, chaque plan de réforme est revisible, et chaque promesse de soutien est reportée jusqu’à ce que la situation soit claire.

 

C’est précisément là que les deux chemins se rencontrent. Il n’y a aucune réforme possible dans une guerre ouverte, pas de reconstruction sans un règlement politique, et aucun véritable soutien international sans stabilité sécuritaire. Pour Washington, la priorité est claire : stabiliser d’abord la trêve, puis passer à l’économie. L’argent, qu’il soit par le FMI ou par les donateurs, n’est qu’un outil dans une approche plus large, utilisé à la fois pour la pression et pour le stimulus.

 

Au-delà de cela, le Liban n’est plus proche d’être un dossier indépendant. Sa position fait partie d’un arrangement régional plus large en cours, ce qui signifie que sa taille dans tout plan de soutien sera déterminée non seulement par l’ampleur de ses pertes, mais aussi par son rôle dans le prochain règlement. Ainsi, la visite du ministre des Finances, aussi importante soit-elle, semble plus proche d’une tentative de « réserver un poste » au Liban d’après-guerre, et rien de plus.

 

Dans un sens plus clair, ce qui est discuté aujourd’hui à Washington n’est pas tant un programme budgétaire que ce à quoi ressemblera la prochaine phase. Les chiffres peuvent changer, les pertes sont susceptibles d’augmenter, et les priorités des pays pourraient être réorganisées selon les résultats de la confrontation. Le Liban est dans une zone grise : il négocie financièrement, mais attend politiquement.

 

Entre la rencontre des deux ambassadeurs et celle des institutions internationales, le tableau est le même : le Liban négocie non seulement les conditions de son sauvetage, mais aussi sa position sur la nouvelle carte de la région. Tant que cette carte ne sera pas claire, tout ce qui sera avancé, tant politiquement que financièrement, restera en jeu.


   

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