L'aide aux refugiés de la guerre au coeur de la réunion ce matin à Bkerké : Vincent Gelot : "Entre sidération et colère, le peuple libanais est à bout de souffle"
La coordination à Bkerké et l’urgence humanitaire
« Ce matin nous nous sommes réunis, l’Œuvre d’Orient, l’organisation que je représente, et d’autres organisations catholiques qui travaillent sur le terrain depuis longtemps, avec aussi le président de Caritas Liban qui est le bras jeune et actif des organisations catholiques. L’objectif était de se concerter, de coordonner notre action, de voir ce que chacun fait et comment équilibrer l’aide et la répartir. Il s’agissait aussi de partager nos observations sur cette crise. Ce qui est ressorti de cette réunion, c’est d’abord un état de fatigue générale, chez les Libanais comme chez les responsables associatifs. Il y a une sidération face à l’ampleur de cette crise humanitaire. Les ordres d’évacuation massifs touchent désormais le sud et la banlieue sud de Beyrouth : nous sommes confrontés à un afflux massif de déplacés. »
Le sentiment d’injustice et l’absence de l’État
« La différence cette fois-ci, c’est un sentiment d’injustice profond, doublé de l’incertitude : les déplacés ne savent pas s’ils pourront retourner chez eux, ni quand. La crainte, partagée par beaucoup de Libanais, est que cette incursion terrestre se transforme demain en annexion. Malheureusement, l’État est relativement absent dans la réponse humanitaire. Ce sont les associations libanaises, les ONG internationales, la diaspora et les familles qui prennent en charge l’accueil. Ce sont les mêmes acteurs, de part et d’autres, les mêmes refugiés, encore plus nombreux d’un cote qui reviennent dans les mêmes lieux d’accueil face aux mêmes organisations. Mais la crise s’est aggravée, la lassitude s’est amplifiée et les moyens sont insuffisants. Il est urgent de relayer un appel à l’aide internationale et à la mobilisation de la diaspora pour soutenir les associations sur le terrain. »
L’éducation, la santé et l’appel à l’ouverture
« Nous pensons aussi aux écoles. Ce que nous voulons éviter, c’est une rupture éducative : il faut aider les établissements à fonctionner pour que les enfants continuent à recevoir une éducation, leur droit le plus élémentaire. Nous pensons également aux hôpitaux, comme l’hôpital libanais Geitaoui, centre des grands brûlés, qui reçoit des blessés graves, des enfants, des femmes. À Bkerké, nous avons insisté sur la nécessité que les couvents, les églises et les patriarcats ouvrent leurs portes. C’est la mission de l’Église locale : montrer l’exemple, faire un pas d’ouverture et d’hospitalité. Nous ne voulons pas désespérer. La richesse et la force du Liban, ce sont ses gens, et il faut préserver cela coûte que coûte. Mais pour cela, nous avons besoin d’aide : il est urgent que la communauté internationale se mobilise. »
Face à cette situation humanitaire, l’Église maronite réaffirme son engagement à accueillir et soutenir les familles déplacées, tout en appelant à une solidarité nationale et internationale. Les institutions religieuses, déjà sollicitées au-delà de leurs capacités, nécessitent une coordination renforcée avec les autorités civiles et les partenaires humanitaires.
L’Œuvre d’Orient, fidèle à sa mission de soutien aux communautés chrétiennes et aux populations vulnérables, a exprimé sa disponibilité à accompagner les initiatives locales par une aide logistique et financière. Les évêques ont rappelé que seule une action concertée entre l’Église, l’État et les organisations internationales permettra de répondre efficacement aux besoins pressants des réfugiés.
Le patriarcat maronite appelle enfin les fidèles, les institutions et les partenaires à unir leurs efforts dans un esprit de fraternité et de responsabilité, afin que les couvents, les écoles et les paroisses demeurent des lieux de refuge, de dignité et d’espérance.