Hezbollah : quarante ans de bataille des perceptions face à l’armée libanaise

Liban 04-03-2026 | 17:12

Hezbollah : quarante ans de bataille des perceptions face à l’armée libanaise

Cyrille Najjar est le premier conseiller en intelligence artificielle au Ministère de la technologie et de l’IA et maître de conférence à l’Université de Berkeley en Californie, ainsi qu’au Collège Impérial de Londres.Mr Najjar nous explique comment le Hezbollah a failli remporter la guerre des récits au Liban.Depuis près de quatre décennies, le Hezbollah a imposé un récit stratégique : celui d’une armée libanaise honorable mais incapable de protéger le pays. Une construction narrative qui a façonné la vie politique et diplomatique du Liban, mais qui se heurte aujourd’hui à des faits nouveaux.
Hezbollah : quarante ans de bataille des perceptions face à l’armée libanaise
L'armée libanaise
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La guerre des récits, un champ de bataille décisif

Dans Perceptions Are Reality, publié par l’U.S. Army University Press, des stratèges américains rappellent que la bataille des perceptions est aussi cruciale que celle des territoires. Au Liban, le Hezbollah a fait de cette maxime un instrument de pouvoir. Sans jamais délégitimer les Forces Armées Libanaises (FAL), le mouvement chiite a martelé l’idée qu’elles ne pouvaient, seules, assurer la défense nationale. Ce narratif, répété à chaque crise, s’est imposé comme une évidence : l’armée ne saurait dissuader Israël, ni sécuriser le Sud.

Une armée insérée dans un dispositif international

La réalité est pourtant plus nuancée. Soutenue par les États-Unis, la France, l’Italie et dix-sept autres partenaires, l’armée libanaise bénéficie d’un appui considérable en matière d’entraînement, d’équipement et de coopération internationale. À travers le mécanisme tripartite de la FINUL, elle participe même à des réunions régulières avec des officiers israéliens sous l’égide de l’ONU, afin de contenir les tensions.

Le récit du Hezbollah : force de frappe contre légitimité institutionnelle

Le Hezbollah met en avant son arsenal, estimé entre 120 000 et 200 000 roquettes,  pour souligner l’écart avec les FAL. Mais la mission d’une armée nationale ne se limite pas à la dissuasion par le feu : elle consiste à garantir la stabilité intérieure, le contrôle des frontières et le respect des engagements internationaux. Sur ce terrain, l’armée libanaise conserve une légitimité que le Hezbollah ne peut revendiquer.

Un tournant depuis 2025

Les efforts des FAL dans le démantèlement d’arsenaux et de tunnels du Hezbollah ont été publiquement salués par des responsables américains. Ces résultats opérationnels introduisent des éléments factuels qui contredisent le récit d’une armée impuissante.

L’érosion d’un monopole narratif

La reprise des hostilités avec Israël en octobre 2023 et les attaques de Mars 2026 ont infligé au Liban des pertes humaines et matérielles considérables. Éprouvée par la crise économique et les déplacements, une large partie de la population rejette désormais l’aventurisme militaire du Hezbollah. Ce qui était présenté comme une « résistance nationale » apparaît de plus en plus comme une entreprise folle, et dangereuse.

L’enjeu des perceptions

Durant quarante ans, le Hezbollah a su imposer son récit. L’avenir du Liban dépend désormais de la capacité de l’État et de son armée à reconquérir le terrain des perceptions, à restaurer l’autorité publique et à transformer la légitimité institutionnelle en force politique.