Hezbollah : quarante ans de bataille des perceptions face à l’armée libanaise
La guerre des récits, un champ de bataille décisif
Dans Perceptions Are Reality, publié par l’U.S. Army University Press, des stratèges américains rappellent que la bataille des perceptions est aussi cruciale que celle des territoires. Au Liban, le Hezbollah a fait de cette maxime un instrument de pouvoir. Sans jamais délégitimer les Forces Armées Libanaises (FAL), le mouvement chiite a martelé l’idée qu’elles ne pouvaient, seules, assurer la défense nationale. Ce narratif, répété à chaque crise, s’est imposé comme une évidence : l’armée ne saurait dissuader Israël, ni sécuriser le Sud.
Une armée insérée dans un dispositif international
La réalité est pourtant plus nuancée. Soutenue par les États-Unis, la France, l’Italie et dix-sept autres partenaires, l’armée libanaise bénéficie d’un appui considérable en matière d’entraînement, d’équipement et de coopération internationale. À travers le mécanisme tripartite de la FINUL, elle participe même à des réunions régulières avec des officiers israéliens sous l’égide de l’ONU, afin de contenir les tensions.
Le récit du Hezbollah : force de frappe contre légitimité institutionnelle
Le Hezbollah met en avant son arsenal, estimé entre 120 000 et 200 000 roquettes, pour souligner l’écart avec les FAL. Mais la mission d’une armée nationale ne se limite pas à la dissuasion par le feu : elle consiste à garantir la stabilité intérieure, le contrôle des frontières et le respect des engagements internationaux. Sur ce terrain, l’armée libanaise conserve une légitimité que le Hezbollah ne peut revendiquer.
Un tournant depuis 2025
Les efforts des FAL dans le démantèlement d’arsenaux et de tunnels du Hezbollah ont été publiquement salués par des responsables américains. Ces résultats opérationnels introduisent des éléments factuels qui contredisent le récit d’une armée impuissante.
L’érosion d’un monopole narratif
La reprise des hostilités avec Israël en octobre 2023 et les attaques de Mars 2026 ont infligé au Liban des pertes humaines et matérielles considérables. Éprouvée par la crise économique et les déplacements, une large partie de la population rejette désormais l’aventurisme militaire du Hezbollah. Ce qui était présenté comme une « résistance nationale » apparaît de plus en plus comme une entreprise folle, et dangereuse.
L’enjeu des perceptions
Durant quarante ans, le Hezbollah a su imposer son récit. L’avenir du Liban dépend désormais de la capacité de l’État et de son armée à reconquérir le terrain des perceptions, à restaurer l’autorité publique et à transformer la légitimité institutionnelle en force politique.