Rabih El Chaer sur BFMTV : « Le Hezbollah n’est pas l’État libanais »
Alors que les frappes israéliennes au Liban ont déjà fait plus de cinquante morts et plus de cent cinquante blessés, Rabih El Chaer a pris la parole hier soir sur BFMTV pour clarifier la position officielle de Beyrouth. « Le Hezbollah n’est pas l’État libanais », a-t-il affirmé, insistant sur le fait que le gouvernement ne cautionne pas les actions militaires du mouvement.
Cette déclaration intervient au moment où la France appelle le Hezbollah à « mettre immédiatement fin » à ses attaques. En qualifiant le mouvement d’« illégal », l’ambassadeur cherche à montrer que le Liban officiel n’est pas partie prenante directe du conflit, mais au contraire victime d’une spirale de violences qu’il ne contrôle pas.
Le Hezbollah, reconnu comme parti politique au Parlement libanais mais considéré comme organisation terroriste par plusieurs pays occidentaux, occupe une place ambiguë dans la vie nationale. En France et au sein de l’Union européenne, seule sa branche militaire est classée terroriste. La prise de position de Rabih El Chaer apparaît donc comme une tentative de rassurer Paris et de préserver le soutien diplomatique européen.
Le diplomate a également tenu à rassurer l’Union européenne et Chypre, deux partenaires stratégiques du Liban. En les qualifiant d’« amis », il a voulu rappeler que Beyrouth reste attaché à ses alliances régionales et internationales, malgré les tensions. Chypre, voisine méditerranéenne, est directement concernée par les attaques de drones en provenance du Liban, tandis que l’Union européenne joue un rôle clé dans le soutien humanitaire et diplomatique au pays.
Cette sortie médiatique marque une rupture avec la prudence habituelle de la diplomatie libanaise. En rompant le silence, Rabih El Chaer a voulu envoyer un signal clair : le Liban officiel refuse d’être assimilé aux actions du Hezbollah.
Sur le plan interne, cette dissociation permet de préserver la légitimité de l’État face à une opinion publique divisée. Certains Libanais voient le Hezbollah comme une force de résistance, d’autres comme un facteur d’instabilité..
Sur le plan externe, elle vise à rassurer les partenaires européens et à éviter que le Liban soit perçu comme un acteur belligérant. Dans un contexte où la France joue un rôle diplomatique actif, cette prise de position est un geste stratégique.
Sur le plan géopolitique, elle illustre la fragilité du Liban, pris en étau entre Israël, l’Iran et les pressions internationales. En se démarquant du Hezbollah, l’ambassadeur tente de protéger la souveraineté du pays et de maintenir son image d’État victime plutôt que d’État complice.
Au-delà des mots, cette déclaration ouvre un débat sur la place du Hezbollah dans l’État libanais. Elle pourrait marquer le début d’une redéfinition des équilibres internes et des alliances externes, à un moment où la guerre menace de s’étendre à toute la région.