L'opinion publique arabe est chaotique : Du point de vue d'un État arabe
Aujourd'hui, l'opinion publique arabe a perdu le pouvoir unificateur des médias d'État. À sa place, les récits sont contestés alors que divers acteurs rivalisent pour le contrôle. La question n'est plus : Que pense la rue arabe ? Mais plutôt : Qui la mène et comment est-elle dirigée ?
Depuis au moins les années 2010, l'opinion arabe est façonnée et remodelée en temps réel par une combinaison complexe de médias sociaux et traditionnels, donnant une tribune aux porte-parole du gouvernement et des partis, aux commentateurs politiques, et aux récits partisans. Un paysage médiatique qui servait autrefois des intérêts paroissiaux discrets n'a désormais plus de direction centrale, et les incitations penchent vers la controverse et les clics.
Les théories modernes de la communication éclairent cette réalité. La "Théorie de l'agenda-setting" affirme que les médias influencent les sujets que le public juge importants. La "Théorie du double-étape" montre comment les messages sont transmis par les leaders d'opinion et les influenceurs plutôt que directement par les institutions. La "Théorie de la spirale du silence" révèle comment les voix dissidentes disparaissent lorsque leurs propriétaires se sentent en dehors de l'humeur dominante, créant l'illusion qu'une opinion représente tout le monde.
Le paradoxe est que de nombreux gouvernements arabes ne se sont pas équipés pour suivre le rythme de cette transformation. Les médias officiels dans plusieurs pays restent lents, défensifs et traditionnels, ne répondant qu'après que des récits opposés se soient enracinés. Le discours national est fragmenté, la présence numérique est faible, et l'opinion publique nationale et étrangère est vulnérable aux campagnes de désinformation et d'exploitation.
Cet environnement exploite des questions émotionnelles profondes dans la psyché arabe : la colère déclenchée par des effusions de sang, la peur du chaos et de l'insécurité, le sentiment d'injustice et de victimisation, et les préoccupations liées à la dignité, à l'identité religieuse et à l'identité nationale. La question palestinienne, avec son symbolisme historique et humanitaire, reste le moteur émotionnel le plus puissant, mobilisant souvent la rue loin d'une analyse réaliste ou d'un intérêt national.
Le danger ne réside pas dans la présence de l'émotion elle-même - l'émotion fait naturellement partie de la conscience collective - mais dans son absence de gestion, sans équilibre ni discours rationnel. L'opinion publique construite uniquement sur la colère s'enflamme rapidement… mais elle peut aussi se dissiper tout aussi vite.
Dans une ère dominée par les récits, le silence n'est plus une option, et les déclarations traditionnelles sont insuffisantes. Un État qui ne mène pas son récit ni ne protège son opinion publique - tant à l'intérieur qu'à l'extérieur - se trouvera toujours sur la défensive, tandis que d'autres écrivent son histoire pour lui… et parfois contre lui.
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