Deux femmes en guerre : sauver les animaux sous les bombes
Par Chloé Slaiby
Découvrez comment BETA a sauvé 54 chiens au Liban malgré les dangers, grâce à Helena et Sherine, engagées sur le terrain en zones de conflit.
Des missions à haut risque
L'association BETA (Beirut for the Ethical Treatment of Animals), qui fête ses 20 ans d'existence cette année, a multiplié les opérations de sauvetages durant la guerre récente.
Une mission particulièrement risquée a conduit Helena jusqu'à Nabatieh et au-delà. "Je suis arrivée à cinq minutes de final destination. La route venait juste une demi-heure avant d'être bombardée, il n'y avait plus de route. Même ma jeep n'a pas pu passer", raconte-t-elle. Cette tentative de sauvetage pour deux chiens abandonnés dans un jardin à Yohmor s'est terminée par un échec qui la hante encore. "Jusqu'à maintenant, ça me tourmente, parce qu'impossible qu'ils survivent sans manger, sans eau."
Les deux responsables ont également été retenues cinq heures par les autorités lors d'une intervention en banlieue sud. "On avait une maman et ses trois petits dans la voiture. Ils croyaient qu'on était des espions, ils ont fouillé nos téléphones, nos voitures, ils ont pris les clés, ils ont tout pris", explique Helena. Après quatre heures et demie, elles ont été autorisées à repartir avec les animaux, mais interdites de revenir dans la zone.
Comparé au conflit de 2023-2024 qui avait duré plus longtemps, BETA avait secouru près de 300 chiens. "Les animaux sont oubliés en temps de guerre, mais pas autant qu'en 2006", observe Helena. À cette époque, il y avait eu beaucoup plus d'abandons, même si moins de gens possédaient des animaux. Aujourd'hui, davantage de Libanais ont des chiens, ce qui explique à la fois plus d'abandons mais aussi plus de tentatives de protection. Les donations restent insuffisantes. "Les gens croient que BETA est une grande association avec beaucoup d'argent, ce qui n'est pas le cas". La majorité des dons provient de l'étranger, tandis que la crise économique libanaise limite les contributions locales.
Des traumatismes durables
Certaines interventions restent gravées dans la mémoire des sauveteurs. "On nous avait envoyé une vidéo la nuit quand il y a eu les bombardements, on entendait la maman crier, pleurer. On avait le frisson", se souvient Helena à propos d'une opération pour sauver un petit chiot. "On a été le matin tôt parce qu'on ne nous a pas laissé aller la veille. On n'a pu trouver que le puppy, la maman et les autres puppies sont morts."
Les animaux secourus portent les séquelles de ces traumatismes. "On a un chien qu'on n'arrive toujours pas à toucher. Il est tellement traumatisé qu'on ne peut pas le toucher. Il se met à trembler si on essaie de le caresser, il montre les dents", décrit Helena. D'autres développent des phobies durables au bruit des avions, du tonnerre ou des feux d'artifice.
Malgré les dangers et les drames, Helena et Sherine continuent leurs opérations de sauvetage, rappelant qu'en temps de guerre, les animaux restent les victimes oubliées. Un combat quotidien mené par deux femmes déterminées face aux bombardements, avec la certitude que chaque vie sauvée compte.