La valeur de la vie humaine en temps de guerre

Opinion 31-05-2026 | 20:02

La valeur de la vie humaine en temps de guerre

Une réflexion sur le bilan quotidien des morts de guerre, l'indifférence mondiale à la souffrance humaine, et le contraste entre sauver le patrimoine et sauver des vies.
La valeur de la vie humaine en temps de guerre
Photos. (AFP)
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Quelle est la valeur de la vie humaine ? Le décompte des morts, des victimes et des martyrs—quel que soit le terme, puisque le résultat est le même—se fait à travers un compteur électronique émis chaque soir par le Ministère de la Santé Publique, affiché dans un tableau orné qui ne fait qu'ajouter des chiffres à des chiffres que beaucoup ne souhaitent plus distinguer. Même les souffrants et les opprimés ne se préoccupent plus des chiffres après que la guerre les a consumés, frappant leur cœur et transformant ce qui les entoure en débris matériels — et, peut-être, en débris humains.

 

Un décompte quotidien de milliers est déclaré, à l'exclusion des chiffres non déclarés des combattants. L'accumulation se poursuit chaque jour : dix martyrs ici, cinq là, et la nuit tombe sur une cinquantaine qui ne verront pas le matin.

 

 

 

Burj Al-Shamali. (AFP)
Burj Al-Shamali. (AFP)

 

 

Hier, la ville de Tyr était menacée—une ville qui porte le parfum de l'histoire phénicienne et romaine. L'ancienne ville phénicienne, son patrimoine archéologique, le bastion et site de lancement de l'Imam Musa Al-Sadr, et le lieu de repos de la Vierge Marie, Notre Dame des Mers. La ville romaine, abritant un hippodrome—la deuxième plus grande piste de course de chars du monde antique—et la Cathédrale Croisée de Tyr, construite avec des colonnes de granit rouge et des pierres romaines anciennes.

 

Cette Tyr a réveillé le monde. La diplomatie s'est mise en mouvement, même au Liban, et des contacts ont été activés avec des organisations internationales, atteignant les Nations Unies, pour sauver la pierre, en reconnaissance de sa valeur historique et de ce qu'elle représente pour le pays en tant que civilisation s'étendant sur des milliers d'années.

 

Mais le paradoxe demeure : le monde qui se mobilise face au danger imminent pour la pierre ne montre pas la même urgence pour la vie humaine. Les gens meurent, sont blessés ou vivent avec des handicaps à vie causés par la guerre, mais il n'y a pas de mouvement comparable pour les protéger.

 

Les événements d'hier m'ont rappelé un article que j'ai écrit pendant la guerre de juillet 2006, intitulé "Je souhaitais être un chien." J'ai écrit que pendant cette guerre, toutes les personnes détenant un passeport étranger étaient évacuées via le port de Zouk Mikael, et elles n'étaient pas autorisées à emmener leurs chiens et chats avec elles. Ces derniers étaient placés dans des cages sur le rivage pour être soignés par des associations.

 

Lorsque la nouvelle s'est répandue, un État américain a rapidement décidé d'adopter ces animaux par souci pour eux, et en les transférant en Amérique, ils ont d'abord bénéficié d'un traitement psychologique avant d'être proposés à l'adoption par des familles capables de s'occuper d'eux selon des normes spécifiques.

 

Je me souviens, à ce moment-là, que j'enviais, comme beaucoup d'autres, ces chiens et chats et les soins qu'ils recevaient, alors que nous, humains—Libanais et résidents, environ quatre millions—restions sous les bombardements, sans que personne ne se soucie de notre souffrance psychologique ou physique.

 

Il est rassurant que le monde se mobilise pour sauver la ville de Tyr, mais il est profondément regrettable qu'il ne se mobilise pas avec la même urgence pour sauver des vies humaines—ici et partout—où l'humanité devient abondante et remplaçable, donnant lieu à d'autres qui, au fil du temps, deviennent non seulement des chiffres, mais des chiffres oubliés.

 

 

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement les vues d'Annahar.