Le cycle constitutionnel en Syrie : pouvoir et texte
Dans la plupart de ses phases, la constitution syrienne n'est pas née comme un contrat politique qui précède et limite l'autorité, mais plutôt comme un miroir tardif reflétant le centre dominant du pouvoir au sein de l'État. Le pouvoir changeait d'abord, et ce n'est qu'ensuite que le texte suivait, lui donnant une forme légale : l'armée après le parlement, le leader après l'armée, le parti après le pluralisme, et la présidence après le parti. Par conséquent, les constitutions ne peuvent être lues uniquement à travers leurs articles, mais doivent également être comprises à travers les structures sociales, militaires et économiques qu'elles imposent, ainsi que les forces qui peuvent les protéger ou les consommer. Dans l'expérience syrienne, la constitution n'était souvent pas un outil de répartition du pouvoir, mais un mécanisme de reproduction de la domination.
Cette tension était déjà incarnée dans la Constitution de 1950. Elle était avancée dans sa structure : un parlement avec de larges pouvoirs, une présidence restreinte et une justice active. Pourtant, elle a émergé à un moment où la politique se déplaçait des couloirs des élites urbaines vers les casernes. Après les coups d'État de 1949, Damas, Alep, Homs et Hama, avec leurs partis, commerçants et propriétaires terriens, n'occupaient plus seuls les clés de l'État. L'armée montait en puissance, avec les fils de la campagne, les classes moyennes et inférieures, qui trouvaient dans les institutions militaires et partisanes un chemin plus rapide vers le pouvoir que l'ancien parlement. En conséquence, le texte fort n'a pas pu se protéger, non pas parce qu'il manquait de valeur constitutionnelle, mais parce qu'il n'a pas trouvé de base sociale et institutionnelle capable de le soutenir.

Adib al-Shishakli a révélé clairement cette transition. Son coup d'État n'a pas été seulement une prise de pouvoir, mais une tentative précoce d'organiser le champ politique d'en haut par l'armée, la sécurité, le parti et le référendum, inaugurant les caractéristiques d'un État de sécurité et de propagande. Avec Abdul Hamid al-Sarraj, dans les années avant l'unité et pendant celle-ci, les outils de contrôle sécuritaire ont pris le pas sur la politique, avant que l'unification avec l'Égypte ne transfère la prise de décision syrienne à une présidence centrale qui a absorbé les partis et le pluralisme au nom de la nation et de l'unité.
Avec le Baath, la transformation a pris sa forme la plus profonde. Le coup d'État de 1963 n'était pas seulement une victoire d'une idée partisane, mais aussi l'émergence d'un nouveau bloc social : les officiers ruraux, fils des minorités et des périphéries, et des classes montantes qui trouvaient dans le parti idéologique une passerelle vers l'État. Puis vint Hafez al-Assad, qui transforma cette ascension en un centre fermé. La Constitution de 1973 était faible en termes de liberté et de séparation des pouvoirs, mais forte en termes autoritaires car elle correspondait au centre du pouvoir : une présidence militaire-sécuritaire contrôlant le parti, l'armée, la justice et l'économie. Quand la Constitution de 2012 est arrivée, elle a enlevé la façade du parti dirigeant mais a gardé la présidence comme centre du système et de son équilibre.
L'année 2011 n'a pas éclaté contre une constitution spécifique, mais contre la structure qui avait transformé la constitution en une façade pour un centre fermé de sécurité, de richesse et de loyauté. L'explosion a été le résultat des mêmes dynamiques de pouvoir accumulées : centre et périphéries, zones rurales et urbaines, économie de clients, pauvreté et marginalisation, sociétés conservatrices, élites incapables, et un État absorbé par des réseaux de loyauté et de peur. Ainsi, la guerre n'était pas seulement une lutte pour le pouvoir ; c'était une redistribution violente des centres de pouvoir, à la fois en interne et en externe. Cependant, elle n'a pas produit un centre stable alternatif, mais plutôt des cartes se chevauchant de pouvoirs de facto, de communautés anxieuses, et de régions habituées à gérer leurs affaires hors de Damas.
Ainsi, l'annonce constitutionnelle ne se contente pas de tracer une présidence forte, mais révèle une tentative de construire un centre politique et administratif unique qui exerce effectivement certaines des fonctions d'un parti unique sans en porter le nom. L'administration politique, les personnalités de confiance, les mécanismes de sélection du Conseil du Peuple, et les organes liés à la présidence pointent vers une autorité qui ne se contente pas de gérer l'État, mais qui cherche à organiser le champ politique d'en haut : qui représente, qui est absorbé, qui est exclu, et qui est recyclé dans le nouveau système. Ici, la représentation ne s'élève pas de la société vers l'autorité, mais descend de l'autorité vers la société.
Ici, la question de la décentralisation devient l'autre face de la question de la présidence. Aux côtés d'une société épuisée, il y a des pouvoirs de facto, des demandes de garanties, et des composantes issues de la guerre, chargées de peur, tandis que les calculs étrangers font de la reconnaissance, la levée des sanctions, et la reconstruction une partie de l'ingénierie du texte lui-même, pas seulement des détails ultérieurs. La question fondamentale n'est pas seulement l'étendue des pouvoirs du président, mais qui détient le droit de distribuer le pouvoir : est-ce que la constitution le répartit sur une base générale, ou est-ce que le centre le gère à travers des ententes localisées avec des forces qu'il ne peut ignorer ?
Ce qui ne commence pas par la répartition du pouvoir se termine rarement par son échange. Si l'histoire des constitutions syriennes enseigne quelque chose, c'est qu'un texte né après la dominance d'un centre devient souvent le langage de cette dominance plutôt qu'une contrainte à son égard. Par conséquent, l'annonce constitutionnelle n'apparaît pas comme un départ complet de l'héritage d'autorité unique, mais plutôt comme une révision de celui-ci : avec un bloc différent, un discours différent, dans un pays où les garanties capables de limiter l'expansion du centre se sont affaiblies.