La diplomatie de Macron: Image ou impact?

France 17-05-2026 | 09:24

La diplomatie de Macron: Image ou impact?

L'activisme mondial de la France : résultats géopolitiques ?
La diplomatie de Macron: Image ou impact?
Macron court au Kenya (AFP)
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Le président américain Donald Trump a moqué le président français Emmanuel Macron et son épouse en avril dernier, affirmant que sa femme Brigitte le traite « très mal » et que Macron est « encore en convalescence après un coup » ou un « coup de poing » de sa part. Cela faisait suite au refus de Paris de participer à des opérations militaires contre l'Iran.

 

Ce n'est pas la première fois que Trump se moque de Macron. Au cours de son premier mandat, il a critiqué sarcastiquement sa gestion des crises sur la plateforme « X », tirant parti des problèmes qu'il rencontrait en raison des manifestations massives contre les taxes supplémentaires que le gouvernement cherchait à imposer sur le carburant.

 

 

Le divorce a eu lieu

 

Il n'y a pas d'alchimie entre les deux hommes, même si la France et les États-Unis sont positionnés au sein de ce qui est connu comme l'alliance occidentale, et ils ont combattu côte à côte lors de deux guerres mondiales. La divergence franco-américaine est devenue publique, et la question du détroit d'Ormuz et du refus de la France de laisser les avions de chasse américains traverser son espace aérien n'est pas une affaire marginale. La rupture entre les deux parties a déjà eu lieu, et ce qui était impossible hier est devenu possible et même nécessaire. Cela explique, pour certains, les efforts diplomatiques engagés par Macron visant à consolider la présence française et peut-être à contenir l'influence américaine.

 

Les ambitions de la France ne se limitent plus à la création d'une armée européenne hors de l'OTAN pour ôter le parapluie militaire américain de la protection européenne. Sous Macron, Paris a élargi sa mission. Les observateurs ont noté Macron dansant au son de la chanson « Hakuna Matata » lors de sa cérémonie d'accueil dans la capitale kényane Nairobi, où le sommet France Afrique intitulé « Africa Forward » a commencé, visant à renforcer la présence française sur le continent africain après une série de revers du rôle historique de la France dans plusieurs pays africains sous la supervision américaine.

 

Bien sûr, cette implication ne présentera pas la France dans le rôle d'une puissance coloniale qui a autrefois facilité l'entrée de l'Amérique sur le continent, mais plutôt comme un partenaire. Le gouvernement français a défini ses priorités pour la coopération avec l'Afrique, qui incluent l'augmentation des investissements et le renforcement de la coopération dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'alimentation et de la technologie numérique, profitant du fait que Washington est préoccupé par des priorités telles que la sécurisation de la protection de son protégé Israël et la progression des ambitions de son Premier ministre Benjamin Netanyahu.

 

 

La danse de Macron

 

Ce sur quoi les observateurs se focalisent n'est pas tant la danse de Macron, mais plutôt son exercice de course à Alexandrie lors de sa visite dans la ville égyptienne, faisant partie d'un déplacement plus large en Égypte visant à renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays. La visite revêt des dimensions historiques, car elle cherche à renforcer l'amitié franco-égyptienne qui remonte à l'époque d'Abdul Wali Said et au début du règne d'Ismail. Pour la France, l'Égypte représente un espace de souvenirs et d'intérêts, car Napoléon y débarqua autrefois, et c'est là que le plus grand projet de l'époque fut construit, le canal de Suez.

 

Une touche de nostalgie aide à renforcer les objectifs de la visite, surtout à un moment où l'Égypte connaît un éloignement stratégique vis-à-vis de Washington en raison de désaccords sur plusieurs questions, y compris le transfert proposé de la population de Gaza, ce qui a entraîné le report de la visite du président égyptien Abdel Fattah el Sisi à la Maison-Blanche, et la question du Grand Barrage de la Renaissance éthiopien, pour laquelle les appels de l'Égypte à une intervention des États-Unis auprès de l'Éthiopie n'ont pas abouti.

 

C'est la France sous une « nouvelle forme » que Macron cherche à présenter pour faire pression sur le plan diplomatique afin de renforcer sa présence dans divers domaines, y compris même le rôle de médiateur. La Chine, dans une déclaration de son ministère du Commerce, a exprimé l'espoir que la France jouerait un rôle actif en encourageant l'Union européenne à garder ses marchés ouverts, ainsi que dans la résolution des différends économiques et commerciaux par le dialogue.

 

Peut-être que la franchise de Trump a poussé Macron à recalibrer les relations entre les deux pays, mais la gifle de Brigitte ne peut pas être placée dans la catégorie des querelles familiales. Certains y voient plutôt une gifle disciplinaire d'une enseignante à son élève, destinée à réveiller une conscience endormie. Entre la franchise et la gifle, la position de la politique étrangère de la France a évolué, profitant des failles du rôle américain sur la scène internationale, y compris la guerre avec l'Iran, et renforçant le besoin des pays pour le rôle de l'Élysée pour restaurer la place naturelle de la France comme un État influent en politique internationale.

 

Entre danser et courir, Macron réussit à garder l'attention du public focalisée sur la présence de la France sur le continent africain. Et qui sait, il aura peut-être un jour besoin de visiter la Grande Muraille de Chine pour renforcer la communication entre Pékin et l'Union européenne.

 

Malgré le succès relatif de ces efforts, du moins sur le plan médiatique, Macron sait qu'il court contre la montre avec un président américain connu pour ses décisions et humeurs volatiles. Dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne, dont les flammes menacent maintenant d'atteindre le cœur de l'Europe, et avec sa présidence déjà en train de compter à rebours vers la fin, la question demeure : après les initiatives de Macron, y aura-t-il des résultats concrets ?

 

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