Par Ahmad Natheef
Le Président américain n'épargne personne dans ses batailles politiques et verbales. Fin janvier, l'administration Trump a envoyé un haut responsable du Pentagone convoquer le diplomate en chef du Vatican pour une réunion à huis clos. Selon des fuites dans la presse américaine, une menace importante a été utilisée lorsqu'un fonctionnaire américain a évoqué l'incident de la "papauté d'Avignon", qui s'est produit au XIVe siècle lorsque la France a soumis la papauté à sa volonté. Bien que cette référence puisse être obscure pour beaucoup, les dirigeants de l'église l'ont immédiatement comprise comme une menace directe. Malgré le démenti du Pentagone, l'incident révèle une rupture qui s'était développée entre les deux parties depuis l'élection du Pape Léon XIV.
'Papauté d'Avignon' : une analogie délibérée
La tension a considérablement augmenté avec le discours du Pape sur l'état du monde au début de l'année en cours. L'administration Trump s'est opposée à des parties du discours qui s'opposaient ouvertement à la guerre et appelaient à la paix. Parmi les phrases qui ont particulièrement irrité les responsables figurait l'affirmation selon laquelle "la diplomatie qui promeut le dialogue et cherche le consensus parmi toutes les parties est remplacée par une diplomatie basée sur la force." La référence à la papauté d'Avignon n'était pas qu'un simple commentaire historique. Elle a causé un tel souci au Vatican que le Pape a annulé ses projets de visiter les États-Unis. L'analogie historique était délibérée. Au XIVe siècle, la monarchie française a exercé une immense pression sur le Pape Boniface VIII, forçant finalement son successeur à déplacer la papauté à Avignon, un pas qui a conduit à la rupture de l'unité du monde chrétien occidental. Il semble que l'évocation de cet incident dans la conversation avec le diplomate en chef du Pape ne soit pas une simple note de bas de page dans une conférence historique, mais exprime plutôt une direction dont le sens n'est pas encore pleinement compris.
La confrontation entre Washington et le Vatican semble avant tout théologique. L'administration Trump, en particulier sous le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, a développé ce que les critiques qualifient de "théologie de la guerre," qui est fondamentalement en contraste avec tout ce que le Pape défend. Hegseth a invoqué à plusieurs reprises Dieu en rapport avec la campagne militaire américaine, comparant le sauvetage d'un pilote américain abattu à la "résurrection," et appelant le peuple américain à prier pour la victoire militaire "au nom de Jésus-Christ."
Un clash de l'opinion publique américaine
Une grande partie de cette rhétorique provient du passage de Hegseth à une tradition évangélique associée au pasteur nationaliste Doug Wilson, qui mêle depuis longtemps langue religieuse et terminologie militaire. La réponse du Pape Léon XIV a été claire. Dans son sermon du dimanche des Rameaux, il a déclaré, "Jésus est le Roi de la Paix, qui rejette la guerre et ne peut être utilisé comme justification pour la guerre." Le conflit a atteint son apogée lorsque Donald Trump a menacé d'anéantir "toute la civilisation iranienne," un appel que le Pape jugea inacceptable, décrivant la guerre comme "ne résolvant rien," et pointant la crise économique mondiale, la crise énergétique et l'instabilité croissante au Moyen-Orient.
Il y a une profonde ironie au cœur de ce conflit. La coalition de Donald Trump comprend des millions de catholiques dévots, et J.D. Vance, un catholique converti, occupe le poste de vice-président. Pourtant, la Maison Blanche a réussi à entrer en conflit avec le premier pape américain de l'histoire, Pape Léon XIV. Les indices d'approbation pour la gestion par Trump de son rôle ont chuté de 52% à 59% en février 2025 parmi les catholiques et à 23% de 31% parmi les catholiques hispaniques.
Pendant ce temps, la popularité du Pape Léon XIV augmente aux États-Unis. La raison pour laquelle l'administration américaine est impatiente d'attirer ou de demander le soutien du Vatican réside dans quelque chose qui ne peut être ignoré : l'Église catholique peut être la seule institution mondiale restante perçue comme ayant une autorité morale véritable capable de guider les peuples du monde occidental.
Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement les vues de Annahar.