Les observateurs ont noté la visite effectuée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky en Syrie lundi dernier, alors que la guerre américano-israélienne affecte le Moyen-Orient et le monde, redessinant la scène régionale pour les générations à venir.
La visite de Zelensky à Damas, la première d'un dirigeant ukrainien depuis la chute du régime de Bachar al-Assad le 8 décembre, répond aux besoins de la Syrie en deux priorités essentielles dans la phase de reconstruction après une guerre de 14 ans : restaurer les capacités économiques et militaires du pays. Le président ukrainien n'a pas caché l'intérêt de son pays pour ce qu'il a appelé « le développement des relations militaires et de sécurité avec la Syrie ».
Questions
Plusieurs questions se posent à l'issue de cette visite : d'abord, le moment notable qui coïncide avec la guerre d'Iran ; ensuite, quel impact cette visite pourrait avoir sur les relations historiques entre la Syrie et la Russie, qui maintient encore deux bases militaires à Tartous et Lattaquié, notamment à la lumière de deux visites que le président syrien Ahmad al-Sharaa a faites à Moscou depuis son arrivée au pouvoir ; et enfin, quel rôle Ankara a-t-il joué pour faciliter la visite de Zelensky et promouvoir les relations syro-ukrainiennes ?
Il convient de souligner que la visite de Zelensky en Syrie est intervenue après une tournée dans plusieurs pays arabes du Golfe, qui a débouché sur des accords pour fournir à ces pays une expertise ukrainienne en matière de lutte contre les drones iraniens. Kyiv possède une vaste expérience dans ce domaine, compte tenu de l'approvisionnement de Moscou en drones iraniens « Shahed » depuis le début de la guerre russo-ukrainienne il y a plus de quatre ans.
Profiter de l'opportunité
Zelensky n'a pas manqué l'opportunité créée par la guerre d'Iran pour étendre la présence de l'Ukraine au Moyen-Orient au détriment de la Russie, alors que cette dernière entretient des relations étroites avec Téhéran. La Russie fait face à un embarras considérable suite aux attaques iraniennes injustifiées sur les infrastructures dans les pays arabes du Golfe, notant que ces pays ont refusé d'accorder des facilités aux forces américaines participant à la guerre.
Zelensky dispose d'atouts militaires et économiques dans sa campagne pour accroître la présence de l'Ukraine en Syrie, à savoir le blé et la technologie des drones. Comme on le sait, Damas a reposé sur des armes soviétiques pendant des décennies. Kyiv peut jouer un rôle important dans ce domaine, s'appuyant largement sur les armes qu'elle a héritées de l'ex-Union soviétique.
De plus, la Syrie, qui dépendait du blé russe, peut désormais le remplacer par du blé ukrainien si elle cherche à reconsidérer ses relations avec la Russie. Cependant, Damas reste prudent à cet égard et ne souhaite pas se retourner contre Moscou, tout en indiquant qu'il s'oriente vers l'établissement de relations équilibrées avec un cercle plus large de pays, tant à l'Est qu'à l'Ouest, et en utilisant cette approche dans la phase de reconstruction.
Par conséquent, on peut conclure que l'ouverture syrienne à l'Ukraine ne se fait pas nécessairement au détriment des relations syro-ukrainiennes, même si la diplomatie russe n'est pas présente au Moyen-Orient avec la force qu'elle devrait avoir en une phase aussi sensible de l'histoire de la région.
Ce que l'on peut décrire comme une diplomatie ukrainienne active cherche à réduire l'influence russe dans la région, suite à des tentatives similaires en Afrique. Cependant, la Russie, affaiblie par la guerre en Ukraine sur le plan militaire et économique, ne semble pas prête à se retirer des zones où elle a historiquement exercé une influence, y compris la Syrie. De plus, Moscou maintient des relations stratégiques avec les pays du Golfe, notamment à travers l'organisation « OPEP+ », qui joue un rôle crucial dans la détermination des niveaux de production mondiale de pétrole et des plafonds de prix.
Ainsi, il existe actuellement un conflit russo-ukrainien pour l'influence à l'étranger. Chaque camp cherche à affirmer sa présence dans diverses régions, en s'appuyant sur ses capacités et ses ressources.
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